Sarah Ourahmoune, de la boxe à l’entreprenariat

La jeune femme a dû se battre pour s’imposer sur les rings, longtemps interdits aux filles. Une expérience qui a forgé son désir d’entreprendre sans avoir peur des clichés.

Sarah Ourahmoune a été sacrée championne du monde en 2008

Sarah Ourahmoune est une battante. Au sens propre comme figuré. Adolescente timide, elle s’épanouit de manière surprenante sur les rings jusqu’à devenir championne du monde de boxe anglaise. Et quand elle raccroche les gants, elle se lance dans l’entrepreneuriat par amour des défis. C’est ce dynamisme viscéral qui l’a poussée vers la boxe. En 1997, Sarah Ourahmoune pratique le taekwendo. Sa famille déménage de Clichy à Aubervilliers et il est impensable de continuer l’art martial dans son ancien club, trop éloigné de son nouveau domicile. Quand elle n’est pas au collège, elle a besoin de se dépenser. Sa mère s’agace de l’agitation désoeuvrée de sa fille et lui intime de reprendre le sport pour s’occuper et se défouler. « Par hasard », Sarah Ourahmoune passe devant la salle de boxe anglaise d’Aubervilliers. Par curiosité ou par défi, elle entre. Saïd Bennajem, l’entraîneur du Boxing Beats, l’initie à la boxe éducative, simulation des mouvements sans appuyer les coups. « Le sport m’a plu, sourit la sportive. L’ambiance aussi, ce côté petite famille ».

« Laisse tomber, ce n’est pas pour toi »

Elle devient la protégée du club, seule fille à vouloir monter sur un ring. « Quand j’ai commencé la boxe anglaise, elle était interdite aux filles, rappelle Sarah Ourahmoune. Elle ne sera autorisée en compétition qu’en 1999 ». A l’époque, personne ne comprenait qu’une fille puisse vouloir « mettre des coups de poings ». Ni sa famille, qui l’aurait plutôt imaginée danseuse, ni ses comparses d’entraînement qui voient son arrivée d’un oeil goguenard. « Ils me disaient « Laisse tomber, ce n’est pas pour toi », se rappelle la boxeuse. Des conseils de grands frères ». Non seulement elle s’accroche mais Sarah Ourahmoune « en veut toujours plus ». Mineure, elle demande l’autorisation de son entraîneur et de sa famille pour s’entraîner hors des cours collectifs, sur des créneaux réservés aux adultes. Seule au milieu d’une cinquantaine d’hommes, elle peaufine sa technique. En 1999, la toute jeune férération de boxe anglaise féminine lui propose son premier combat, qu’elle gagne. « Comme la discipline n’était jusque-là pas ouverte aux filles, je n’étais jamais montée sur un ring en-dehors des entraînements », se souvient la jeune femme.

Championne de France à 17 ans

Puis tout s’enchaîne. Championne de France à 17 ans, elle réitère son exploit un an plus tard, en 2000 en même temps qu’elle est élue meilleure boxeuse du championnat. Repérée par la fédération, elle intègre l’Insep à vingt ans. En 2007, elle s’impose lors des championnats de l’Union européenne. Un an plus tard, elle devient championne du monde de boxe anglaise dans la catégorie des mi-mouches. Et rafle dans la foulée deux autres titres de championne de l’UE et cinq nouvelles médailles d’or aux championnats de France ! Passionnée, elle s’entraîne deux fois par jour. « Je boxais à six heures, avant d’aller au lycée ». Malgré ses 155 combats et ses innombrables victoires, elle ne peut pas vivre de son sport et continue ses études en parallèle des compétitions. Educatrice spécialisée, elle encadre de jeunes handicapés lors de séances de boxe éducative. Elle poursuit également des études en ressources humaines à Sciences Po Paris.

« J’espère être une femme influente »

Sarah Ourahmoune, championne du monde 2008 de boxe anglaise

En 2012, Sarah Ourahmoune raccroche les gants pour devenir maman. Après la naissance de sa fille, sa «vie à 100 à l’heure» lui manque. « Je ressentais un gros vide, je voulais retrouver des défis », explique la championne. Avec la même passion que lorsqu’elle commence un combat, elle se lance dans l’entrepreneuriat et crée Boxing & Company. Elle anime des ateliers de boxe lors de séminaires de team building et organise des conférences autour de la gestion du stress et des ressources humaines. « On m’a tellement aidée qu’aujourd’hui j’ai moi aussi envie d’aider d’autres personnes à se sentir mieux dans leur corps et dans leur tête ». De son expérience de boxeuse, elle tire une motivation à toute épreuve, qui l’accompagne dans sa nouvelle vie d’entrepreneur. « Tout ce que j’ai vécu en tant que boxeuse m’aide. Sur le ring, chaque coup est une prise de risque. Je n’ai pas eu peur d’oser ». Elle se rappelle qu’à ses débuts, elle n’avait « aucune confiance » en elle. « Je me remets tout le temps en question, cela m’aide à aller plus loin. J’avance par petits pas ».

Après un an loin des rings, elle a repris récemment l’entraînement, « pour se faire plaisir ». Et continue de développer son activité de consultante. Début décembre, elle a animé un séminaire pour le groupe Bouygues, lors duquel elle a coaché grâce à la boxe 120 salariés. Aujourd’hui, elle tient à raconter son expérience pour susciter des vocations. A l’occasion d’un débat sur la place des femmes dans le numérique organisé par le tiers-lieu Simplon.co, elle explique en souriant qu’elle « espère être une femme influente ». Pas par orgueil, toujours par passion. Le message qu’elle transmet à ses clients est le même que celui qu’elle veut faire passer auprès des jeunes filles : « il ne faut pas se poser de questions. On doit dépasser les barrières qu’on se met nous-mêmes ».

Par Géraldine Russel

Source : Le Figaro

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